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Cinq fois par jour, des dizaines de musulmans descendent pratiquer leur foi dans une cave du quartier de Ménimur aménagée en mosquée il y a 26 ans... faute de mieux. « Ramener les jeunesà la raison »
Prêté par le centre social à l'occasion du mois du ramadan en 1982, le local est aujourd'hui loué aux HLM pour 30 € par mois. Le maître des lieux c'est l'imam, Abdelkader Mimouni. En 1987, il est désigné par les fidèles pour diriger la prière, « parce qu'il n'y avait personne d'autre », raconte-t-il. Depuis, il consacre bénévolement sa vie à l'Islam. « J'y ai trouvé le bonheur », confie Abdelkader. Au fil des années, il s'instruit sur cette religion qu'il aime tant. Il lit beaucoup. « A chaque fois que t'apprends, tu as envie d'en connaître plus », explique-t-il.
Dès la première prière, au lever du soleil, il ouvre la mosquée dans laquelle le rejoignent les plus courageux. « C'est la prière la plus difficile car c'est dur de quitter la chaleur du lit », avoue l'imam. Et à chacune des cinq prières de la journée, depuis plus de 20 ans, Abdelkader vient ouvrir le local à ses frères musulmans.
Chaque soir, après la quatrième prière, pendant quelques minutes, un « hadîth » (récit de la vie du prophète Mahomet et de ses compagnons) est expliqué en arabe aux fidèles présents et traduit en français pour ceux qui ne comprennent pas la langue. Les thèmes ? « La patience, le bon comportement, la clémence, la foi, l'éducation, le respect de l'autre, l'altruisme... » explique Abdelkader. Ce sont ces mêmes sujets qui sont abordés en plus long, lors des prêches du vendredi.
La cible principale de ces discours ? « Les jeunes des quartiers. On essaye de les arracher de l'obscurité et de les ramener à la raison. On fait tout notre possible. Parfois, on va même chez eux. Dieu merci, beaucoup de jeunes ont réussi à s'en sortir », raconte l'imam.
Ce travail avec les jeunes se concrétise également par les cours d'arabe et d'aide aux devoirs chaque mercredi et dimanche matin, donnés aux enfants de 5 à 10 ans par Mustapha, jeune Français converti à l'islam et Soufiane. Une fois par mois, Mustapha les emmène en sortie « à la ferme, au zoo... explique-t-il. Avec les 15 à 20 ans, on fait également des soirées pizzas, karting, laser ball... »
Des conditions inquiétantes
Plafond noirci par la moisissure, très peu d'aération, tuyauterie apparente... Les conditions d'hygiène ne sont malheureusement pas dignes d'un lieu de culte religieux. « Ceux qui ont de l'asthme ne peuvent pas rester. Et pour les jeunes, c'est un déshonneur de prier ici », confie l'imam.
Ils sont chaque jour plus nombreux à se déplacer et prier dans cette cave. « Avant, il n'y avait que des anciens. Dans le temps, on était quatre ou cinq, maximum dix, se souvient un habitué. Aujourd'hui, on est minimum dix. Depuis 3 ans, on est de plus en plus nombreux. Et il y a beaucoup de jeunes. »
Avant d'accéder au sous-sol, un panneau installé par l'office des HLM annonce clairement : « Local réservé à 19 personnes ». Pourtant, l'imam de la mosquée le constate : « le vendredi, les trois salles de prière sont pleines. Il n'y a pas assez de place pour tout le monde. On atteint facilement les 60 à 70 personnes. Les jours de fêtes du ramadan ou du mouton, c'est le double. Il y en a même qui prient dans les couloirs ou devant la porte de la mosquée. »
Aujourd'hui, les fidèles souhaitent un lieu de culte décent pour y pratiquer leur religion. Surtout que la mosquée actuelle ne permet pas aux femmes de venir prier. Après l'annonce de François Goulard de créer une nouvelle mosquée (lire ci-dessous), les musulmans qui descendent chaque jour dans cette cave - depuis une vingtaine d'années pour les plus anciens - espèrent qu'ils seront entendus.
Faysal HAROUAT.