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À bord du « Curie », le général de Gaulle s'adresse à l'équipage le 23 avril 1943 lors de la remise du bâtiment aux Forces navales françaises libres. : Photos D.R.Joseph a mal au coeur de voir que, 63 ans, après, le Curie, où il a servi dès 1943, a toujours été « lamentablement occulté. Nous n'avons jamais su ni compris la raison de ce rejet, bien douloureux pour nous, les acteurs de ses ex-exploits ». L'injustice ? Elle tient dans la demande de Joseph, qui avait sollicité, en mémoire des faits de guerre du sous-marin, l'attribution de la Légion d'honneur pour lui et ses trois camarades restant en vie.
Mal lui en a pris : en octobre 2007, le cabinet du ministre de la Défense lui a répondu dans une prose aussi administrative qu'incompréhensible : « le ministre de la Défense dispose de contingents destinés à récompenser les anciens combattants des différents conflits, sous réserve qu'ils réunissent les critères de recevabilité précisés dans la circulaire ministérielle ». Bref, la seule médaille militaire de Joseph, après une citation obtenue en 1945, n'y suffit pas. Il faut « justifier au minimum de trois faits de guerre, ou citations individuelles ».
« Cent fois raisons de vous plaindre »
Josephe Pierre a reçu dans son dernier combat pour la reconnaissance, un vif soutien du vice-amiral d'escadre Émile Chaline, lui écrivant : « Vous avez cent fois raison de vous plaindre. Quand j'ai pris la présidence de l'association des Forces navales françaises libres, j'ai réussi jusqu'en 2000 à faire récompenser une partie, hélas infime, des FNFL qui avaient pris part aux combats ».
Comment expliquer cet oubli ? Comment oublier que c'est bien le général de Gaulle en personne qui est venu à bord du Curie ? Comment oublier cette poignée de sous-mariniers libres : il n'y a eu pendant la dernière guerre que six sous-marins des FNFL. Le Curie a été de tous celui qui a coulé à la torpille le plus grand nombre de navires ennemis.
La liste des faits de guerre est impressionnante : 12 mai 1944, un chalutier allemand près de la Ciotat ; 21 juin 1944, destruction de batteries allemandes de Port-Vendre à coups de canon en 7 minutes ; 3 août 1944, destruction d'un cargo allemand chargé de mines au sud des îles d'Hyères ; 2 octobre 1944, deux pétroliers envoyés par le fond au Nord de la mer Égée. Mais de tout cela, rien qui justifie, au ministère à Paris, d'attribuer la Légion d'honneur.
Ce jour du 8 mai, Joseph pensera à tous les copains du Curie aujourd'hui disparus. Il restera fier d'avoir bien servi « avec l'insouciance des gamins de 20 ans ». Il revivra, les mains encore moites, ce jour où les Allemands leur ont envoyé 83 grenades sous-marines devant Toulon, l'attente d'une mort imminente et des explosions brisant ampoules, cadrans du central, radar et poste de radio. A défaut d'une Légion d'honneur dont l'État semble décidé à le priver, Joseph aura cette belle phrase d'épilogue : « En quittant notre sous-marin Curie en 1945, le ciel nous gratifiait du bonheur suprême : la vie ! »
Éric de GRANDMAISON.
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