L'État accusé d'avoir laissé libre un criminel
Bien que poursuivi pour avoir torturé son épouse, il avait été laissé en liberté. Dix jours plus tard, il la tuait, à Vannes. La soeur de la victime porte plainte.
VANNES. ¯ Elle n'aurait jamais dû être tuée lors de son déplacement professionnel. C'est la conviction de la soeur de Mireille Guibault, assassinée à Vannes.
Le 19 juin 2007, vers 8 h, cette enseignante de 43 ans sort de son hôtel. Elle s'apprête à monter dans sa voiture afin de rejoindre un jury de recrutement de professeurs. Mais son mari ¯ qui avait passé la nuit dans sa propre voiture ¯ la guettait.
En pleine place de la Libération, à l'heure où les cars scolaires affluent au centre-ville, Pascal Guibault, 43 ans, tue son épouse de douze balles de carabine. Puis il sort une autre arme de son coffre de voiture et se suicide.
Le couple vivait près de Poitiers. Mais Mireille Guibault avait fui cet ancien militaire violent, salarié de l'Université de Poitiers. Elle avait porté plainte. Le 8 juin, l'homme avait été mis en examen pour les viols et tortures qu'il lui avait fait subir. Il avait été laissé en liberté, sous contrôle judiciaire.
Salle de tortures et vidéos
C'est précisément ce que dénonce Véronique Bernard, la soeur de Mireille, qui met en cause la responsabilité de la juge des libertés. La soeur a décidé de porter plainte contre l'État pour « dysfonctionnement du service public de la justice ».
« Une perquisition au domicile conjugal avait conduit à la découverte d'une pièce dédiée aux sévices et à la saisie de différents objets dont des vidéos des viols et des tortures », explique Me Dechauvet. Avocate de la soeur, elle parle de « preuves patentes ».
Pour le parquet, « les faits étaient graves. J'avais fait appel de la décision de le laisser en liberté. J'avais demandé que ce soit examiné de façon urgente », explique le procureur de la République de Poitiers. L'appel devait être examiné le jour du drame.
Le Tribunal de grande instance de Paris, lors d'une première étape de procédure, étudiera la plainte contre l'État, le 8 octobre.
Lionel CABIOCH.
Ouest-France