A l’hôpital de Vannes, Esther soulage les malades du cancer par ses notes de musique. : Thierry Creux.Midi à l’hôpital de Vannes. Les chariots livrent les plateaux-repas dans l’effervescence. Des portes s’ouvrent sur le long couloir, se referment sur des sourires, des infirmières se croisent.
Soudain… De la harpe. Les notes enveloppent le service d’oncologie où l’on traite des malades atteints du cancer, se faufilent dans les chambres, font taire les chariots. Inondée par la lumière d’une fenêtre, Esther Griffioen apparaît, surréaliste, au fond du long couloir. Elle joue d’une toute petite harpe qui fait corps avec elle. Nelly, l’infirmière, s’approche à pas feutrés : « Il va falloir arrêter… Un monsieur est très fatigué. »
Esther comprend. Depuis un an et demi, elle se rend à l’hôpital de Vannes chaque semaine. Grâce à l’association Faire face ensemble qui entoure les malades atteints de cancer, elle a pu entrer dans ce service avec sa harpe thérapeutique.
Ainsi, à quarante-deux ans, « je suis enfin à ma place, ici ». La Hollandaise, installée en Morbihan depuis dix ans, a donné du sens à sa vie dès lors qu’elle a délaissé « l’encombrante harpe de concert de 15 kg ». Et « sur internet, comme un signe, je tombe sur la harpe idéale et l’unique formation au monde de harpe thérapeute ! Ce que j’ai toujours voulu faire ! »
Ces harpes thérapeutiques « ont été travaillées pour qu’il n’y ait pas de sons stridents. Même les personnes sous morphine, ultrasensibles, ne sont pas agressées. » L’instrument est peu encombrant, pèse 2,3 kg. La harpiste peut jouer et évoluer « n’importe où les gens ont besoin de cette musique. Ses vibrations sont celles qui se rapprochent le plus de celles du corps humain, comme la contrebasse ».
Esther met en pratique sa formation de harpe thérapie, suivie aux États-Unis, après deux ans et demi de travail. Le principe : c’est « la musique qui fait le pouls ». Musicienne de formation classique, elle a étudié et approfondi une douzaine de répertoires, de tous styles, de toutes époques. Attentive à une respiration, à une expression, à une tension, elle adapte les notes, les mélodies, les rythmes « aux patients, à leurs états émotionnels ».
Depuis qu’elle a commencé à jouer, la musicienne thérapeute observe « les respirations se régulariser » ; « les visages de souffrance se détendre » ; « des personnes qui ne communiquent plus, s’éveiller ».
Et « des mesures des fonctions cérébrales » prouvent qu’après quatre minutes de cette musique, « tout s’équilibre dans le cerveau ». Le stress est dompté. Dans un service de soins palliatifs, « j’ai vu des gens qui ne dormaient plus, s’endormir et rêver ».
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