Le festival de jazz se teinte d'une couleur piano
Jean-Philippe Breton, fondateur de Jazz à Vannes.
La vingt-neuvième édition de ce grand rendez-vous musical fait la part belle aux virtuoses du piano. Entretien avec son fondateur, Jean-Philippe Breton.
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Et de 29 ! Le festival de jazz a bien grandi et sa réputation le précède. À quoi cela tient-il ?
Même le New York Times en parle ! Je ne considère pas qu'il y a des têtes d'affiche et des premières parties pour caser tel ou tel artiste. Ceux qui jouent à Vannes sont tous des bons et le public peut les écouter les yeux fermés. J'alterne valeurs sûres et artistes en devenir. Et puis, c'est un des rares festivals organisé par un service culturel. Cela joue dans le contact avec les artistes, c'est moins impersonnel.
Vous parlez d'artistes en devenir. Par exemple ?
Je me rappelle du passage de Dee Dee Bridgewater ici, à Vannes, alors qu'elle n'était pas connue. Je fonctionne avec le coeur. Le jazz s'écoute les yeux fermés, il faut se laisser aller. Et quand il vous absorbe, c'est que c'est de la bonne musique !
Et cette année, quels sont vos coups de coeur ?
Il y a Charles Lloyd, le 2 août, qui a des talents d'improvisateur bouleversants. Un saxophoniste hors pair qui joue à chaque remise de prix Nobel. Et aussi Andy Emler au répertoire basque, danois, tibétain, rock, funk, jazz. Et puis Tigran Hamasyan, un virtuose du clavier que j'ai repéré à ses débuts, il avait seize ans. Il demandait la permission pour un verre d'eau aux régisseurs. Aujourd'hui on lui consacre des articles de trois pages !
Comment bâtissez-vous votre programmation ?
Quel travail c'est ! Un an de préparation. Je reçois des centaines de disques, de maquettes. Dans le milieu, on se connaît tous. Dans les festivals de Marciac, de Juan-les-Pins ou Coutances, on repère des artistes, on se regroupe pour négocier leur venue.
Comme pour Herbie Hancock ?
Ça faisait trois ans que je voulais qu'il vienne. Mais son prix était trop élevé. Avec son agent et d'autres organisateurs de festivals, on a réussi à caler dix dates et à partager les coûts. Et il est là !
Justement, Herbie Hancock est pianiste. Le piano est la couleur de cette 29e édition ?
Oui. Il y a aussi Tigran, Chucho Valdès, Robert Fonseca, Stefano Di Battista et aussi Andy Emler. Et même Richard Galliano, l'accordéoniste. C'est l'orientation de cette année. Le jazz évolue sans cesse. Il est loin le temps où il ne se jouait que dans les caves parisiennes enfumées et les artistes d'aujourd'hui adaptent le piano à tous les styles. C'est très intéressant.
Peu de voix féminines cette année ?
C'est vrai. Beaucoup d'artistes n'étaient pas libres. Ce n'est pas un choix délibéré. Mais il y a Diane Reeves quand même ! Une des plus grandes chanteuses du moment.
Le public découvrira aussi des jazzmen bretons.
Oui, le jazz ici est très vivant et populaire. On écoutera Hélène Labarrière, Gildas Scouarnec trio... Et puis, à découvrir des jeunes grâce aux Tremplins et d'autres qui joueront dans les bars, dans la rue... Tout le monde pourra écouter du jazz et du bon !
Recueilli par
Isabelle JOHANCIK.
Ouest-France