Nicolas Hulot dénonce la civilisation du gâchis
Les deuxièmes Rencontres de Branféré se tiennent aujourd'hui dans le Morbihan. Leur initiateur, qui n'a pas souhaité s'exprimer sur des sujets politiques, donne des pistes pour éviter de dégrader la planète.
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Comprendre le rôle des abeilles, se mettre dans la tête de son chien, regarder vivre une goutte d'eau, admirer un ballet aérien d'oiseaux, s'inquiéter de la conservation des espèces... À travers ateliers, conférences, spectacles, Nicolas Hulot, initiateur des Rencontres de Branféré, veut faire prendre conscience de la beauté et de la fragilité de la nature, en informant et sans effrayer.
Comment les rencontres de Branféré se proposent-elles de défendre la biodiversité, et en quelque sorte la vie sur terre ?
Nous essayons de faire comprendre le rôle que jouent les différentes espèces, et les dégâts que les activités humaines peuvent leur causer. Et ce, de façon pédagogique, car l'idée n'est pas d'effrayer, mais de regarder la réalité en face ! Par exemple, l'homme peut faire du mal s'il ne pratique pas une agriculture respectueuse de l'environnement. L'usage intensif de produits chimiques affecte la biodiversité sur terre, mais aussi sous terre ! Les sols contiennent une faune microbiologique, bactéries, lichens, vers. Elle absorbe les déchets et les restitue, fabriquant l'humus qui permet la croissance des plantes. Grâce à cela, les sols sont fertiles. Mais souvent, ces micro-organismes ont été trop sollicités, se sont vu injecter trop de produits, et sont complètement détruits. Et on rajoute à la terre des produits chimiques pour compenser !
Vous attirez aussi l'attention sur les comportements alimentaires.
Oui, il faut éviter d'acheter des fruits hors saison, venant de l'autre bout de la terre en avion, car cela encourage le gâchis énergétique. Et mieux vaut éviter la viande à bas prix, car elle est nourrie avec une alimentation bourrée de pesticides et insecticides, ou qui vient de très loin, comme le soja. Il faut privilégier la viande de qualité, quitte à en manger moins car elle est plus chère. Il est important de réduire la consommation de viande. 50 % des cultures produites dans le monde sont utilisées pour nourrir les bêtes, alors que les hommes en auraient besoin !
C'est une des causes de la crise alimentaire mondiale.
Oui, avec la production d'agrocarburants, le fait que les sols ont des rendements moindres à force d'avoir été exploités, la diminution des ressources de la pêche car les poissons sont pêchés de plus en plus jeunes... Nous sommes dans une civilisation du gâchis ! Et nous arrivons dans les scénarios que les spécialistes de l'environnement dénoncent depuis des années.
Même lors des activités de plein air, il faut faire attention.
En période de nidification, les joggers ne doivent pas sortir des sentiers, éviter de marcher dans les herbes où se trouvent les nids. À certaines périodes les kayaks ne doivent pas passer sur les frayères, ces endroits où les poissons déposent leurs oeufs. Lors d'une partie de pêche à pied, il faut connaître la taille en dessous de laquelle on n'est pas autorisé à pêcher. Les fédérations sportives viennent vers nous afin d'expliquer à leurs adhérents ce qu'il faut faire afin de ne pas dégrader sans le savoir.
Vous prônez aussi les bienfaits de l'éco-construction.
Oui, c'est un des grands chantiers à mener en France ! Les bâtiments nouvellement construits vont être soumis à de nouvelles normes afin de consommer moins d'énergie. Il faudra apprendre à se passer de gaz, d'électricité, de pétrole... Il faut former les artisans, et j'étais vendredi à Lorient afin d'inaugurer à l'université de Bretagne Sud une licence professionnelle ayant trait à l'éco-construction. Il existe aujourd'hui de nouvelles sources d'énergie comme le solaire, la géothermie, les éoliennes... Certaines maisons, dites à énergie positive, non seulement ne consomment plus d'énergie, mais en produisent ! Ainsi, les tuiles et gouttières en silicium fabriquent-elles de l'électricité. En ce qui concerne les matériaux, il faut sortir du parpaing et du béton pour aller vers le bois, le chanvre, un excellent isolant.
Et ce, afin de prévenir le réchauffement climatique ?
Oui, c'est la pire des catastrophes ! La terre a toujours connu des modifications du climat, mais là, elles se produisent trop rapidement, et tout ce qui vit sur terre est pris de court. Les organismes vivants ont du mal à s'adapter. Par exemple, le réchauffement permet à certaines espèces de sauter les barrières thermiques, ces échelles de température à l'intérieur desquelles elles sont normalement cantonnées. Cela a des conséquences comme l'extension de maladies. Ainsi, la fièvre catarrhale, qui affecte les moutons, est-elle passée de l'Afrique du Nord à la Sicile, la Sardaigne, et aujourd'hui la France. L'asphodèle, l'insecte qui véhicule cette maladie, bénéficie désormais dans ces pays du climat qui lui convient ! Autre exemple, on trouve en Méditerranée des poissons exotiques qui ne vivaient qu'en Mer rouge. Cela change tout l'équilibre écologique.
Recueilli par
Florence PITARD.
Rencontres de Branféré, en lien avec l'Ecole de la nature de Nicolas Hulot, de 10 à 19 h. Parc animalier de Branféré, 56190 Le Guerno, www.rencontresdebranfere.org. adultes 10 €, enfants 6 €, gratuit -4 ans.
Ouest-France